Hier soir, lundi 3 juin, une projection du film The end of the Line - L'océan en voie d'épuisement a eu lieu à Boulogne sur Mer, en présence des militants de Greenpeace, campagne Océan et Fish fight, et de l'actrice Mélanie Laurent.
Le film se base sur le livre de Charles Clover, journaliste britannique. Il relate les méfaits de la pêche
intensive, entrainant depuis les années 1950 une quasi extermination de très nombreuses
espèces. Le documentaire explique cette montée en puissance de la pêche industrielle, au détriment des pêcheurs artisans, et insiste sur l'urgence de reconsidérer les techniques de pêche durable pour que les espèces puissent se régénérer et qu'il y ait encore des poissons dans la mer d'ici 40 ans...
Des chercheurs, d'anciens pêcheurs, des scientifiques, et de nombreux militants parcourent le monde pour dénoncer les trafics, et s'engagent pour faire réagir les différentes commissions mondiales.
A l'issue du film, Mélanie Laurent et les militants de Greenpeace ont partagé un débat avec le public.
Extraits choisis.
Mélanie Laurent : J'ai été contactée pour faire la voix de ce documentaire, et en découvrant la scène de cet énorme bateau usine qui rejette des tonnes de poissons morts, et ce pêcheur sur son petit bateau qui pleure devant ce désastre et ce gâchis scandaleux, je me suis tournée vers Luc (ndlr :
représentant de la campagne Fish Fight pour la France) et je lui ai dit "Qu'est-ce qu'on fait ?!". L'aventure a commencé là : on a mis en place la pétition
Fish Fight, et quelques mois plus tard j'ai appelé Greenpeace et je les ai rejoint sur la campagne Océans. Je suis partie en mer avec la pêcheuse artisan Anne-Marie Vergez. On montre le documentaire un peu partout en France depuis environ un an.
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| Hélène Bourges (photo : Ouest France) |
Hélène Bourges, chargée de la campagne océan Greenpeace : Voilà une petite mise à jour sur le contexte européen. La semaine dernière, le Parlement européen, la Commission européenne et le conseil des Ministre chargés de la pêche ont trouvé un compromis et ont adopté une réglementation de base le la politique commune de la pêche, avec des points assez positifs : l'Union européenne a décidé de mettre fin au rejet de poissons morts en mer. Jusque là 25 % des poissons pêchés en Europe sont rejetés à la mer, et jusqu'à un poisson sur deux en mer du Nord, et cela va prendre fin selon un calendrier échelonné dans le temps. De plus, les états membres de l'UE ont désormais l'obligation d'adapter leur quantité de pêche à la quantité de poisson disponible durablement dans l'océan. On va enfin mettre un équilibre dans notre effort de pêche avec ce que peut offrir la mer de manière durable. Enfin, l'allocation des droits de pêche va maintenant reposer sur des critères environnementaux et sociaux. Les pêcheurs qui ont une pratique auront accès en priorité à la ressource en poissons.
Mélanie Laurent : Mais Greenpeace ne va pas être au chômage ! Ce n'est pas parce qu'il y a des lois qu'elles sont respectées, et il va falloir vérifier que tout est bien respecté partout. Il y aura toujours beaucoup de travail à faire pour tout surveiller.
Question : Comment se fait-il que le bateau Greenpeace n'ait pas pu accoster sur un port accessible au public, et qu'est-il possible de faire ?
Hélène Bourges : Cette décision brutale est arrivée deux jours avant notre arrivée. Depuis le 5 avril, le navire avait une autorisation d'accostage au bassin Loubet, et on a appris il y a deux jours que ce n'était plus le cas et qu'il fallait accoster dans une zone de haute sécurité où l'accès au public est quasiment impossible. Nous avons refusé ces conditions puisque Greenpeace est là pour parler au citoyens de leur travail, en particulier au côtés des pêcheurs artisans. On a donc pris la décision de rester à l'ancre et d'assurer des navettes entre le port et le bateau pour que les gens puissent y avoir accès. Il n'y a pas de raison officielle à cette décision. On nous a expliqué que c'était pour "maintenir l'ordre public" même si on avait droit à un stand en ville... Le bateau de Greenpeace a voyagé dans neuf pays et la France est le seul pays où l'on ne peut pas librement parler de la pêche.
Ce que l'on peut faire : écrire directement à M. Cuvillier pour lui dire ce que vous en pensez.
Question : Combien y a-t-il de réserves marines ?
Hélène Bourges : Il y a un peu moins de 1% de la surface des océans qui est aujourd'hui en réserve marine. Ce qui n'est pas suffisant pour permettre aux écosystèmes de se refaire une santé. La France s'est engagée à mettre en place 20% d'aire marine protégée sur son territoire maritime, dont 10% en réserve naturelle, mais on n'y est pas.
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| Photo : La semaine dans le Boulonnais |
Question : Je m'inquiète pour la santé des poissons qui ne sont pas pêchés du fait de l'activité humaine, et des dangers de l'aquaculture...
Hélène Bourges : La mer est le réceptacle final de toutes les activités de productions humaines. On y retrouve des déchets flottants, il y a même une zone confluence de courants qui a été appelée le 7ème continent, et des déchets invisibles, chimiques, qui polluent la chaîne alimentaire dans l'océan. Greenpeace travaille aussi sur le changement climatique et sur les pollutions toxiques. On mène un travail complet et intégré. Concernant l'aquaculture, le problème est qu'il y a une telle concentration de poissons dans les piscines qu'ils sont blindés d'antibiotiques pour éviter la diffusion des maladies et des parasites. Pour produire 1 kg de poissons d'élevage, il faut entre 2 et 7 kg de poissons sauvage pour les nourrir, donc l'équation n'est pas bonne. On ne produit pas de protéines. L'aquaculture n'est pas la solution aujourd'hui. On prélève trop de poissons par rapport à ce que la mer peut fournir. La seule réponse aujourd'hui serait de créer des réserves marines dans des endroits stratégiques pour permettre à la vie de se refaire et laisser les poissons de ces zones coloniser petit à petit les zones voisines, et aussi de réduire la pression de pêche, qui permettrait aux stocks de se refaire pour que l'on puisse dans le future profiter durablement de cette ressource.
Question : Concernant l'arrivée de farines animales dans l'aquaculture ?
Hélène Bourges : Ce n'est pas une très bonne nouvelle. On connait les problèmes liés, pour d'autres espèces, à l'utilisation de farines animales. De plus, cela signifie accepter de conforter une pêche industrielle de poissons appelés petits pélagiques, en bas de la chaîne alimentaire, et s l'on prélève beaucoup de ces poissons, on va déséquilibrer complétement la chaîne alimentaire océanique.
Question : Est-ce que le label MSC (ndlr : Marine Stewardship Council, label qui garantit au consommateur que les produits de la mer ont été pêchés durablement, en respectant les stocks de poissons et les écosystèmes marins)
Hélène Bourges : Par le passé il y a eu des labellisation de pêcheries qui n'étaient pas durables, et c'est un système qui s'applique aux systèmes de pêcherie industrielle et pas du tout à la pêche artisanale.
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| Photo : Le Télégramme |
[S'ensuit un petit débat sur les lobbies financiers et sur l'expansion de la population mondiale et la nécessité limiter les naissances, ce qui a presque mis Mélanie Laurent, enceinte ! Mais on s'écarte un peu du sujet !]
Hélène Bourges : Face aux lobbyistes financiers qui défendent la pêche industrielle devant les représentants des gouvernements, le boulot de Greenpeace est de défendre d'intérêt général. On essaie d'être présent dans les cercles de décision, mais on a des moyens financiers ridicules à côté des leurs.
Les parlementaires européens ont des centaines de dossiers à traiter. L'ignorance rationnelle fait qu'un être humain ne peut pas tout savoir. Ils s'informent donc par différents canaux. Après, le but du jeu est d'être celui qui va obtenir le plus de rendez-vous avec le député pour pouvoir le convaincre que ce qu'on dit, c'est la vérité. C'est là que la force de frappe des lobbies industriels est bien plus élevée que celle de la société civile.
Mélanie Laurent : En revanche, en tant que citoyen, on devrait avoir le droit de ne pas être d'accord. Les pétitions devraient avoir un vrai pouvoir. Parce que ce n'est pas parce que l'on vote pour un certain gouvernement que l'on doit être d'accord avec tout ce qui se fait. Finalement, toutes les décisions écologiques, pratiquement proche du néant, nous concernent tous. On se sent un peu seuls à vouloir manger bien, équilibré, sain, ça coûte une fortune. Les gouvernements ne devraient pas être les seuls à décider de ça.