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L'enfant de personne, Charlotte Link

Leslie est médecin. Divorcée depuis peu. Sa vie ne lui semble guère plaisante. Un jour, invitée par une amie de sa famille, elle part passer un week-end chez sa grand-mère, la femme qui l'a élevée.

Gwen va se marier avec Dave. Elle a 35 ans et croit bien faire en invitant quelques proches chez son père - avec qui elle vit depuis toujours - pour fêter ses fiançailles. Son père, Chad, est bien sûr présent, ainsi que Leslie et sa grand-mère, Fiona, amie de Chad depuis toujours. Il y a aussi le couple qui loue chaque été,  depuis quelques années, la dépendance de la ferme de Chad. 

Cette soirée, qui devait être une fête pour chacun, va très vite tourner au cauchemar lorsque Fiona va dire tout haut ce que tout le monde pense : Dave, un beau mec fauché comme les blés, n'aime pas Gwen et n'en veut qu'à ses terres. 

Cela aurait pu être le pire moment du week-end si Fiona n'avait pas été retrouvée morte le lendemain matin, vidée de son sang après avoir été percutée plusieurs fois contre un mur.
 
Valerie Almond, inspecteur de police, va lier cette affaire à celle d'une jeune fille assassinée récemment, Amy Mills, dont la tête avait été fracassée avec une pierre. 

Les suspects se succèdent. Dave, bien sûr, par vengeance. Jennifer, la vacancière dépressive, qui aurait été enseignante dans un établissement fréquenté par Amy Mills. Colin, son mari, homme étrangement calme et détaché. 

Le coupable fait-il partie de cet étrange petit groupe ? Quel rapport pouvaient avoir Amy et Fiona?

 

Parallèlement à l'enquête, c'est l'enfance de Fiona qui nous est dévoilée. A travers des mails envoyés à Chad et qui vont passer de mains en mains, on découvre leur passé commun pendant et après la guerre. 

Quel drame ont-ils vécu pour donner l'impression de cacher tant de choses ?

L'originalité de ce thriller réside dans le fait qu'il se déroule à travers deux époques : aujourd'hui, avec l'assassinat de Fiona et l'enquête de l'inspecteur Almond, et dans les années 1940. 

Petit à petit, à travers la correspondance de Fiona, on comprend le lien unissant les deux histoires.
Dans ces e-mails, Fiona relate le moment, où elle est arrivée avec Brian Sommerville (surnommé Nobody) dans la ferme des parents de Chad pour lui éviter de vivre les bombardements. 

L'enfant de personne, c'est lui, Nobody. 

Orphelin, il suit Fiona comme son ombre. Malheureusement, son esprit est ailleurs, il n'accrochera jamais avec la réalité. Mais qu'est-il devenu lorsqu'Arvid, le père de Chad, l'a confié à un fermier voisin réputé pour sa violence? 

Leslie tentera de découvrir ce qui est arrivé à l'enfant abandonné de tous. Menant, sa propre enquête, elle découvrira des facettes peu reluisantes de sa grand-mère. Et les liens qui l'unissaient vraiment à cet homme discret qu'est Chad Beckett.

Je n'en dis pas plus, mais le dénouement est tellement surprenant que je vous invite à le découvrir par vous-même !

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, Mary Ann Shaffer et Annie Barrows




Un titre intrigant pour un roman épistolaire américain.


Juliet est écrivain. A l'issue de la Seconde Guerre Mondiale, son appartement londonien est tombé sous les bombardements ennemis. Elle continue pourtant à recevoir des lettres d'admirateurs, dont celle de Dawsey, qui vit à Guernesey. 

Une correspondance s'engage entre eux, et Juliet se découvre une passion croissante pour la petite île anglo-normande, et pour son histoire. 

Tour à tour, les habitants d'une petite communauté qui se réunissaient en cachette, sous l'occupation, pour partager leurs points de vue sur leurs dernières lectures, lui racontent leur vie encore tourmentée. 
Ce sont les membres du fameux "Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates".

Juliet pense tenir là une idée de livre idéale : les déboires méconnus de ces îles un peu oubliées, mais tout autant dévastées par la guerre, la faim et la peur.

Malgré les réticences de son éditeur, elle va tout quitter (dont un fiancé peu enclin à la littérature) pour voir de plus près les personnes - les personnages, même ! - avec qui elle a fini, au fil de longues lettres, à nouer des relations intimes.




Comment va-t-elle être reçue là-bas, où tout le monde est uni par un sort commun, des amitiés anciennes et des fantômes très présents ? Parviendra-t-elle à écrire son livre ?
Juliet va rencontrer des gens qui lui ouvriront de nouvelles perspectives. 
En particulier Eli, un petit garçon qui fut envoyé en Angleterre pour ne pas vivre l'Occupation, et dont la mère n'a pas survécu à la guerre.
Et Dawsey, discret et pudique, qui la forcera à développer mille et une techniques pour l'amadouer. 

 

Avertissement ! 

Un roman captivant : il est difficile d'interrompre sa lecture, à ne pas lire en période d'examens !

Lettre d'une inconnue, Stefan Zweig

Un classique, que j'ai relu tout récemment avec le même plaisir.


Un homme reçoit une lettre. Jusque là, tout va bien. Mais il ne s'agit pas de n'importe quelle lettre : c'est la lettre de sa vie. Oui, mais un pan de sa vie qu'il ne connaît pas.
Il est romancier, et va lire les feuillets comme un manuscrit, intitulé simplement "A toi qui ne m'a jamais connue".

"Mon enfant est mort hier". C'est ainsi que commence la femme - car il s'agit d'une femme- qui lui a écrit.

Dans ces pages, elle va tout lui dire.
De leur rencontre au jour où il l'a emmenée chez lui.
De l'instant où elle a croisé son regard au moment où elle a posté cette lettre.
Comment elle est tombée amoureuse de lui, encore adolescente, alors qu'ils vivaient sur le même palier.
Comment elle avait, depuis, épié ses allées et venues.
Comment, des années plus tard, elle se laissa volontairement séduire.
Comment, après trois nuits d'amour, il n'a plus donné signe de vie à celle qui le chérissait tant.
Et comment, de cette union, naquit un fils. Le (seul) reste d'un amour unilatéral. Un enfant qui mourra donc, 11 ans après le début d'une vie heureuse, élevé dans le luxe par une mère usant de son joli visage pour séduire amis et amants fortunés, des hommes au portefeuille bien rempli. 


 


Le destin tragique de cette femme amoureuse ne laisse pas indifférent. Jamais elle n'a oublié son premier amour. Un amour indéfectible, "à la vie à la mort", et sans aucun retour.

Bref, à lire - ou à relire- sans hésitation.


La petite fille qui aimait la lumière, Cyril Massarotto


Encore lui, me direz-vous (peut-être) ? 

Eh bien oui, mais il faut dire que je ne m'en lasse pas. 


C'est la guerre. Depuis huit ans, les "autres" ont dévasté la ville, le pays, peut-être la Terre entière.

Lui, il est âgé. 82 ans. Barricadé dans sa maison qui a vu mourir sa femme, son fils et sa petite fille.

Elle, elle a 9 ans. Peut-être 10. Rejetée par les autres enfants qui vivaient, comme elle, dans les égouts. Elle est muette.

Dans l'enfer de leur vie, ils vont se rencontrer. Et s'aimer. Se protéger. Puisqu'elle ne sait dire que ce mot-là, elle s'appellera "Lumière", elle qui a si peur du noir.

Il lui raconte la "vraie vie", celle qu'elle n'a jamais connue, celle d'avant la guerre, celle de la joie, des petits plaisirs; de l'amour (pas de quiproquo, il s'agit bien là d'un amour filial, d'un grand-père et de sa petite fille "adoptive").
Ils construisent leur famille, tous les deux, s'apprivoisent et s'apprennent.

Chacun, avec son caractère, aide l'autre à continuer. Ensemble, ils  espèrent.
Qu'on vienne les libérer, que la guerre s'achève, que les autres partent. Qu'on ne les sépare jamais.
Dans cette attente, leur union n'en devient que plus forte.



Voici sans doute le roman de Cyril Massarotto qui m'a le plus émue. Le plus irréel, mais le plus probable finalement. 

Une ville dévastée où le meurtre et la barbarie ont tout anéanti. Ces deux êtres, seuls, si différents, enfermés dans une maison, constamment en danger, et pourtant vivant des instants de bonheur magiques parce qu'ils sont ensemble. 

Quand une boite de spaghettis à la tomate et à l'ail devient le plus succulent des mets, quand le rire d'une petite fille est la mélodie la plus enchanteresse aux oreilles d'un vieil homme, dans la douleur, tout est possible.

Avec eux, on attend les sauveurs. On a peur des "autres". On attend la libération, pour savourer avec eux le retour à la vie normale. Le roman de l'espoir.

Je suis l'Homme le plus beau du monde, Cyril Massarotto

Après Dieu est un pote à moi et Cent pages blanches, je poursuis avec avidité ma lecture des romans de Cyril Massarotto. Je suis l'Homme le plus beau du monde est le troisième.


Quand il est né, il était le plus beau bébé du monde. En grandissant, il est devenu le plus beau petit garçon du monde.
Tous les parents parlent de leur enfant en ces termes. Mais lui, c'est vrai.
 
Tout le monde s'accorde sur son infinie beauté. La beauté est subjective, mais lui, il EST la beauté.

Si bien que sa mère préfère le garder enfermé à la maison. Et que son père meurt dans une émeute lorsque des gens subjugués par l'enfant se précipitent pour le toucher.

Être le plus beau du monde, ça ressemble à une bénédiction, à un joli sort jeté par les bonnes fées au dessus de son berceau. Mais pour lui, c'est un cauchemar.

Un jour, découvert par un journaliste, il se voit offrir une vie glorieuse. Il devient un phénomène interplanétaire. Caché pour préserver le mystère, il apparait une fois par an, en photo, pour le bonheur de l'humanité entière. Dans sa prison dorée, il a tout ce qu'il désire. Toutes les technologies, toutes les filles.

Jusqu'à ce qu'il craque et s'enfuie loin de tout.
Sa rencontre dans le désert avec une vieille sorcière va changer sa vie. Possesseur d'un seul et unique vœux, il va pouvoir réaliser ce qu'il souhaite. 

Que va-t-il choisir ? Que garder ? Tout perdre ? Comment être heureux ?

Son choix sera vite fait, mais il n'obtiendra peut-être pas exactement ce qu'il désire.


Tableau dramatique d'une société au besoin infini d'aduler, critique du pouvoir de l'apparence, philosophie de la perfection... On lit ici un conte presque dérangeant où seule l'enveloppe compte, où l'image est plus forte que la personnalité, soulevé par le ton léger caractéristique de l'auteur.


Les oranges ne sont pas les seuls fruits - Jeanette Winterson



Jeanette, elle vit en Angleterre. Avec sa mère et son père. 

Jeanette, elle est pauvre et elle croit en Dieu.

Sa mère, convertie sur le tard par un pasteur très charismatique, est très impliquée dans la vie religieuse de sa communauté protestante dans les années 60-70. Tellement impliquée que toute la vie de cette famille est rythmée par ses prières, les offices et les réunions paroissiales. Que Jeanette ne va pas à l'école avant que sa mère ne soit obligée de l'y envoyer. Qu'elle a appris à lire avec des passages de la Bible. Qu'elle est destinée à devenir missionnaire.

Mais Jeanette n'est pas ni vraiment heureuse, ni vraiment malheureuse. Elle avance, vit sa vie de petite fille puis de pré-adolescente. Ses amis sont rares, mais elle peut compte sur Elsie, une vieille femme qui croit au destin et au pouvoir des dés.

Et puis il y a Mélanie. Mélanie est tellement jolie... Dès leur rencontre, les deux jeunes filles ne se quittent plus. C'est décidé, Jeanette ne se mariera pas et elle passera toute sa vie avec Mélanie. 

Oui, mais dans l'Angleterre protestante des années 60, ça ne se passe pas comme ça. Exorcismes, rédemption forcée, rébellion, Jeanette passe par tout un tas d'épreuves pour se trouver, se comprendre, s'affirmer.



Dans ce roman fictionnel-autobiographique, Jeanette Winterson dépeint la vie d'une petite fille débordant d'imagination, intelligente, enfermée dans une morale bien pensante, voire violente. 
On grandit avec elle, on veut la connaître, lui donner les clés pour s'en sortir... 
Mais finalement, elle y parvient très bien toute seule !


100 pages blanches, Cyril Massarotto




 

Il y a quelques semaines, j'ai eu le plaisir de découvrir Dieu est un pote à moi (voir ici), premier roman de Cyril Massarotto. 

Après cette lecture, je me suis empressée de me procurer les autres livres de l'auteur. Comme aujourd'hui, c'est son anniversaire, il va de soi que l'article de la semaine se doit de lui être consacré !

 





100 pages blanches est un roman que l'on pourrait qualifier de science-fiction, mais en fait, non.

Le narrateur se voit léguer, à la mort de son grand-père qui l'a élevé, un seul bien : un carnet. Un carnet rempli de ... pages blanches. Ses sœurs, elles, héritent de la moitié de la fortune financière et immobilière du vieil homme. 

Autant dire qu'il est non seulement surpris, mais aussi quelque peu déçu. On le serait à moins.
A quoi va bien pouvoir lui servir ce carnet que le grand-père, dans une lettre post-mortem à notre narrateur, décrit comme magique ?

Effectivement, après quelques jours de doutes et d'incompréhension, il va se rendre compte du pouvoir de ce petit calepin. Il a entre les mains un objet qui lui permet de revivre les souvenirs de son choix. 100 souvenirs. Pas un de plus.

Comment va-t-il s'en servir ? Quels souvenirs choisir, quand les utiliser ? C'est le dilemme qui va se poser tout au fil des pages du roman (pas blanches, celles-ci!).

Mais, et avant tout, il va devoir faire face à une vraie leçon de vie. Comment avancer et construire son avenir si l'on se retourne constamment vers le passé ? Vaut-il mieux abandonner l'idée de revivre les meilleurs moments de sa vie, ou les utiliser pour comprendre son propre cheminement ?

Impossible de ne pas se poser la question : qu'est-ce que je ferais avec ce pouvoir ? C'est sûr, c'est tentant de revivre un instant que l'on sait heureux. Un coup de blues ? Hop, petit bond dans le passé pour faire ressurgir des émotions douces et agréables. Reculer pour mieux sauter. Ou pour ne pas sauter du tout. Vivre dans le passé pour ne pas affronter l'avenir. Ou alors, utiliser cette "magie" pour mieux avancer.

En tout cas, Cyril Massarotto nous offre là encore une petite merveille. Pas de fioritures, de l'émotion pure.


Les pires tricheries aux examens





On l'a vu cette semaine : une mère s'est fait passer pour sa fille pour passer l'épreuve d'anglais au bac... Difficile d'imaginer que l'une comme l'autre aient imaginé que ça pouvait passer sans problème ! Du coup, j'ai eu envie de recenser les triches les plus débiles aux examens, ça vaut le détour ! 

 



Ce lycéen a enregistré tous ses cours dans son téléphone... Étant donné que les portables sont interdits, ça signifie qu'il a osé sortir le sien et faire défiler ses petites notes pendant les épreuves...


Perso, je croyais que c'était une légende urbaine, que personne ne pouvait oser faire ça sans être sûr de se faire prendre... Eh bien non, ce jeune homme a noté ce qu'il lui fallait pour l'oral de français sur ses mains et ses bras... Un oral. Le genre d'épreuve où dans tous les cas on se retrouve face à face avec un examinateur, à 50 centimètre de son visage. Ahem.


Celui-ci devait vraiment vouloir obtenir son bac cette année-là. Du coup, il s'est fait tatouer une partie de son cours de physique. Non seulement il s'est fait remarquer, mais en plus il a gravé à vie des formules de chimie sur son bras !

Cette internaute a non seulement apporté une copie d'examen en rab avec des notes à l'intérieur, ce qui aurait peut-être pu passer, mais a en plus glissé des cours dans la copie... Un tas de feuilles un peu suspect !

Voilà un site qui propose des gadgets, dont une montre pour tricher en exam : il suffit d'enregistrer ses cours, images, vidéos, etc, grâce à une mémoire de 4Go. Un bouton permet même de bloquer la montre pour que l'examinateur ne puisse rien remarquer. Sauf qu'à mon avis, l'étudiant qui fixe sa montre non stop a de grandes chances d'attirer l'attention sur lui ! Soit il est super pressé que ça se termine, soit... !




Bref, on ne trouve que peu de cas de triches réussies. Et les risques sont quand même assez conséquents... Sanction maximale : 5 ans d'interdiction d'examens. Tous les examens. Aucune formation possible, pas de permis de conduire, pas d'études universitaires, etc. Et même après ces 5 ans, sur un dossier scolaire, ça fait tâche !

Olivia Ruiz calme sa tempête !

Olivia Ruiz et Franck Marty
Olivia, c'est une longue histoire. La première fois que je l'ai vue en concert, c'était il y a 10 ans. J'en avais 16. Elle faisait une première partie dans une toute petite salle franc-comtoise. Sur la tournée de J'aime pas l'amour, en 2003-2004, j'ai eu l'occasion de la rencontrer plusieurs fois, avant ou après les concerts. Même chose pour la tournée suivante, la Femme Chocolat. La troisième tournée fût moins "fructueuse", car la plupart des concerts de Miss Météores ont eu lieu dans des grandes salles, et je me suis un peu moins déplacée.


Depuis le 27 janvier, la quatrième tournée est lancée à travers la France et les pays limitrophes. Olivia embarque le Calme et la Tempête dans ses valises et fait vibrer tous les coins de l'hexagone. Et moi aussi !
L'Olympia le 18 février, le 104 le 6 juin et les Folies Maubeuge le 8 juin, trois spectacles bien différents les uns des autres mais tous magiques.

Olivia au 104
Le spectacle est très impressionnant. Un système de projection sur un écran de toile qui devient tour à tour ciel bleu, portrait ou tempête en mouvement. Six musiciens sur scène, toujours aussi doués, dont un danseur qui accompagne Olivia dans des duos effrénés de salsa et autres, qui transporte le public et nous fait voyager.

L'Olympia, bien sûr, c'est le mythe, la scène tant prisée et foulée par une multitude d'artistes. Le souvenir, pour Olivia, des personnes qui étaient présentes lors d'un de ses précédents passages et qui, aujourd'hui, ne sont plus là... Et puis, c'était la retrouver comme quelques années auparavant, discuter et partager quelques minutes avec elle.

Maubeuge, festival en plein air, un concert plus court, une partie du décor en moins mais une ambiance beaucoup plus décontractée. Pas mal de petits loulous devant les barrières, attendant impatiemment que les premières parties se terminent. Concert une bonne partie de jour, qui prouve qu'Olivia est bien attentive au public et reconnaît les p'tites têtes qu'elle aperçoit.

Olivia Ruiz : "Je n'ai jamais d'embrouille avec mes amis"


Et le 104, ma date préférée. En effet, ce centre culturel est ouvert à tous, regorge d'expositions, de danseurs ou de comédiens qui répètent, et la scène se trouve au centre de ce joyeux bazar. Du coup, l'après-midi "attente" s'est déroulé dans une ambiance relax, à siroter du Coca Cherry dans des transats sous le soleil. Olivia est arrivée vers 16h (le concert avait déjà eu lieu la veille), nous a dit de venir la voir après les balances. On a assisté aux petits réglages techniques et voix, puis tout le monde est sorti se détendre dans la cour. A cette occasion, Olivia, comme d'habitude très à l'écoute, disponible, adorable et souriante (oui oui, tout ça!) a accepté de répondre à quelques questions avant d'aller se préparer pour la scène. 

L'envolée sauvage d'Olivia


Olivia, est-ce que tu pardonnes tout en amitié ? 

Tu sais, je n'ai jamais d'embrouille avec mes amis. Ça fait 10 ou 15 ans que j'ai les même, voire 20 pour certains, et souvent j'entends des copines qui me disent qu'elles se sont embrouillées avec quelqu'un, moi jamais. Au pire, on s'engueule un bon coup, ça dure 5 minutes et puis on se fait des bisous et c'est fini ! 


"Tu te régales quand tu composes à deux"

Depuis quelques temps, c'est la mode des "albums-hommage". Est-ce que ce genre de travail te tenterait ? 

Non, je me sentirais un peu feignante si je faisais un album hommage à mon âge, tu vois. Après 20 ans de carrière, tu peux avoir envie de te faire un délire, de reprendre des chansons que tu adores. Mais je trouve aussi que le faire à mon âge, c'est un peu feignant. Il faut encore que je me bouscule à essayer de créer jusqu'à ce que l'inspiration ne soit plus là.





Justement, en 10 ans tu es passée d'un premier album écrit POUR toi, à un quatrième écrit totalement PAR toi. Tu rechanterais des chansons que l'on t'écrit ? 

"Je pense que la notoriété fait peur"


Maintenant, je ne pourrais plus chanter des textes qui ne sont pas les miens. D'autres mots dans ma bouche, pour avoir essayé, j'ai vraiment du mal à les sentir. 
Par contre, pour la mise en musique, c'est vrai que j'aime ça. Quand je compose avec des gens que j'aime, j'apprends toujours. Lorsque tu composes à deux, il y a cette richesse, le moment du partage pendant lequel tu te régales. Toute seule, quand t'as fini ta chanson, t'as pas cette excitation, cette joie. On verra !  





De quoi, ou de qui, tu pourrais avoir peur ? 

Oula, j'ai peur de plein  de trucs. Par contre, pas de plein de gens. Parce que même quelqu'un de méchant ou d'agressif a une raison de l'être, quelque-chose qu'il a subit. Donc je peux avoir peur d'un animal, de conneries comme ça, mais des gens non. Parce que finalement les gens qui peuvent être agressifs, je les plains plus que je n'en ai peur.

Olivia Ruiz et Orelsan au Centquatre


Et tu penses que tu fais peur à quelqu'un ? 

Je pense que la notoriété fait peur, et que les filles indépendantes, qui gèrent leur vie ça peut faire peur aux garçons. Il y a un côté "A quoi on va servir là-dedans" !




De quelles habitudes tu ne pourrais pas te passer ?
J'en ai plein ! Malheureusement la clope, le chocolat après 23h... Et le sport parce que dès que je n'en fais pas pendant longtemps je sens que je suis moins bien dans ma tête...

Même quand tu es en tournée, tu fais du sport ? Sur scène tu te dépenses pas mal ! 
Oui bien sûr, mais sur scène tu ne travailles pas des choses spécifiques. Souvent, je parle de ma tête à mon coach, je lui dis ce qui ne va pas et il va me faire travailler physiquement en fonction de ça.

Olivia entourée de trois de ses musiciens

Tu as une phrase fétiche, un leitmotiv ?
Oui, une phrase de mon grand-père maternel, qui dit "On n'obtient les choses qu'à la sueur de son front".

Pour finir, en octobre tu vas passer du côté lyrique de la force ?!

C'est ça ! C'est un opéra de Manuel de Falla, qui s'appelle L'amour sorcier, dans lequel je vais surtout danser même s'il y a quelques chansons. C'est un opéra pour un personnage, le mien, un personnage féminin, et je serai sur scène avec 12 danseurs, et 18 musiciens dans la fosse. J'ai hâte !


"On n'obtient les choses qu'à la sueur de son front"

Eh bien, je ne sais pas vous, mais j'ai hâte aussi !


Mélanie Laurent, interview (le 3 juin 2013)

A l'issue de la diffusion du film The end of the line à Boulogne-sur-Mer (voir ici), Mélanie Laurent, très accessible malgré la fatigue, a accepté de répondre à quelques questions.


Vous êtes ici pour lutter contre la surpêche. Vous vous engagez dans de nombreuses causes, notamment écologiques. Qu'est-ce qui vous guide dans vos choix ?
Mélanie Laurent : C'est souvent suite à un coup de colère. Je trouve toujours ça assez fort et beau de comprendre que l'être humain est capable du pire et du meilleur, et au pire, il y a des associations et des fondations qui essaient de faire le meilleur. En partant dans ce genre de combat, on rencontre des gens merveilleux, on se sent très petite, ça nous rend très humble et en même temps on a l'impression de faire sa petite part.
Il y a une jolie histoire, celle du colibri : il y a une forêt en feu, et tous les animaux sont à l'orée de la forêt et regardent les arbres se consumer sans rien faire, et il y a un tout petit colibri qui fait 1500 allers-retours toute la journée pour aller déposer une petite goutte d'eau. Tout le monde se fout de lui  en disant : "Tu crois vraiment que cette petite goutte d'eau va changer quelque-chose ?", et le colibri répond "Oui, moi je fais ma part". C'est un peu ça, faire sa part. Même si c'est une petite goutte d'eau, ça fait toujours du bien de se dire qu'on l'a posée, plutôt que d'avoir regardé la forêt en feu.


Justement, Epic [ndlr : film d'animation de Chris Wedge pour lequel Mélanie a prêté sa voix au Mary-Kate, adlescente embarquée dans une bataille contre les forces du Mal voulant la destruction de la nature] est sorti tout récemment en salle et s'adresse plutôt à la jeunesse. C'est important de s'adresser directement aux enfants ? 
Mélanie Laurent à l'avant-première de Now You See Me à New York le 22 mai 2013.Tout part de là en fait. Nous on fait partie, même si on est encore jeunes, d'une génération de surconsommateurs, qui vient du modèle américain de l'après-guerre, génération à qui on a fait croire qu'il fallait plein de voitures, de machines à laver, d'électroménager, de téléphones, de choses qui devenaient tout à coup indispensables, une génération très addict à la téléphonie. Maintenant, il faut que la nouvelle génération, celle qui arrive (regardant son ventre), propose une nouvelle révolution, un nouveau modèle. C'est possible. On a deux choix : soit on continue dans ce modèle-là et on ne va pas s'en sortir, c'est sûr,  soit on inverse les choses, on propose autre chose. On se posait la question dans le débat, s'il y a trop d'êtres humains [voir ici], mais il faut éduquer la nouvelle génération. Surtout qu'ils vont vivre 120 ans ! 


Vous allez tourner un nouveau film très bientôt... 
Oui, toujours dans cet esprit de dénoncer des choses, je pars faire un film d'un réalisateur yéménite dans moins d'un mois, au Maroc, sur les jeunes filles mariées de force  à 10 ans. Il y a 300 millions de jeunes filles mariées de force, qui se retrouvent enceinte à 10 ans et demi et qui souvent meurent en donnant la vie. C'est un film qui va dénoncer ce qui se passe au Yémen. Je vais jouer un docteur, très enceinte ! Ils ont changé le rôle !!

En ce qui concerne la réalisation, vous tournerez bientôt Respire [adaptation du roman d'Anne-Sophie Brasmes].
Oui, fin octobre.
C'est une histoire assez dure non ? Une amitié adolescente qui ne tourne pas forcément bien...
Ah vous l'avez lu ! J'ai fait une adaptation très libre. Mais il parle d'un sujet assez actuel, la perversion narcissique. Les pervers narcissiques sont plus identifiés maintenant, même s'il y en a toujours eu. Je pense que c'est un vrai sujet social, d'actualité... les grands manipulateurs...

Une question que l'on ne vous pose pas assez souvent et à laquelle vous aimeriez répondre ? 
Dans ma vie ?
En général ! 
On me pose rarement la question de savoir si je suis heureuse ! 
Bonne question, vous l'êtes ?
(rires) Oui ! Merci !

The end of the Line - L'océan en voie d'épuisement, film et débat

Hier soir, lundi 3 juin, une projection du film The end of the Line - L'océan en voie d'épuisement a eu lieu à Boulogne sur Mer, en présence des militants de Greenpeace, campagne Océan et Fish fight, et de l'actrice Mélanie Laurent.

 

 
Le film se base sur le livre de Charles Clover, journaliste britannique. Il relate les méfaits de la pêche intensive, entrainant depuis les années 1950 une quasi extermination de très nombreuses espèces. Le documentaire explique cette montée en puissance de la pêche industrielle, au détriment des pêcheurs artisans, et insiste sur l'urgence de reconsidérer les techniques de pêche durable pour que les espèces puissent se régénérer et qu'il y ait encore des poissons dans la mer d'ici 40 ans... 



Des chercheurs, d'anciens pêcheurs, des scientifiques, et de nombreux militants parcourent le monde pour dénoncer les trafics, et s'engagent pour faire réagir les différentes commissions mondiales.

A l'issue du film, Mélanie Laurent et les militants de Greenpeace ont partagé un débat avec le public. 

Extraits choisis.

 

Mélanie Laurent : J'ai été contactée pour faire la voix de ce documentaire, et en découvrant la scène de cet énorme bateau usine qui rejette des tonnes de poissons morts, et ce pêcheur sur son petit bateau qui pleure devant ce désastre et ce gâchis scandaleux, je me suis tournée vers Luc (ndlr : représentant de la campagne Fish Fight pour la France) et je lui ai dit "Qu'est-ce qu'on fait ?!". L'aventure a commencé là : on a mis en place la pétition Fish Fight, et quelques mois plus tard j'ai appelé Greenpeace et je les ai rejoint sur la campagne Océans. Je suis partie en mer avec la pêcheuse artisan Anne-Marie Vergez. On montre le documentaire un peu partout en France depuis environ un an.


Hélène Bourges (photo : Ouest France)

Hélène Bourges, chargée de la campagne océan Greenpeace : Voilà une petite mise à jour sur le contexte européen. La semaine dernière, le Parlement européen, la Commission européenne et le conseil des Ministre chargés de la pêche ont trouvé un compromis et ont adopté une réglementation de base le la politique commune de la pêche, avec des points assez positifs : l'Union européenne a décidé de mettre fin au rejet de poissons morts en mer. Jusque là 25 % des poissons pêchés en Europe sont rejetés à la mer, et jusqu'à un poisson sur deux en mer du Nord, et cela va prendre fin selon un calendrier échelonné dans le temps. De plus, les états membres de l'UE ont désormais l'obligation d'adapter leur quantité de pêche à la quantité de poisson disponible durablement dans l'océan. On va enfin mettre un équilibre dans notre effort de pêche avec ce que peut offrir la mer de manière durable. Enfin, l'allocation des droits de pêche va maintenant reposer sur des critères environnementaux et sociaux. Les pêcheurs qui ont une pratique auront accès en priorité à la ressource en poissons.

Mélanie Laurent : Mais Greenpeace ne va pas être au chômage ! Ce n'est pas parce  qu'il y a des lois qu'elles sont respectées, et il va falloir vérifier que tout est bien respecté partout. Il y aura toujours beaucoup de travail à faire pour tout surveiller.


Question : Comment se fait-il que le bateau Greenpeace n'ait pas pu accoster sur un port accessible au public, et qu'est-il possible de faire ?

Hélène Bourges : Cette décision brutale est arrivée deux jours avant notre arrivée. Depuis le 5 avril, le navire avait une autorisation d'accostage au bassin Loubet, et on a appris il y a deux jours que ce n'était plus le cas et qu'il fallait accoster dans une zone de haute sécurité où l'accès au public est quasiment impossible. Nous avons refusé ces conditions puisque Greenpeace est là pour parler au citoyens de leur travail, en particulier au côtés des pêcheurs artisans. On a donc pris la décision de rester à l'ancre et d'assurer des navettes entre le port et le bateau pour que les gens puissent y avoir accès. Il n'y a pas de raison officielle à cette décision. On nous a expliqué que c'était pour "maintenir l'ordre public" même si on avait droit à un stand en ville... Le bateau de Greenpeace a voyagé dans neuf pays et la France est le seul pays où l'on ne peut pas librement parler de la pêche. 
Ce que l'on peut faire : écrire directement à M. Cuvillier pour lui dire ce que vous en pensez.


Question : Combien y a-t-il de réserves marines ?
Hélène Bourges : Il y a un peu moins de 1% de la surface des océans qui est aujourd'hui en réserve marine. Ce qui n'est pas suffisant pour permettre aux écosystèmes de se refaire une santé. La France s'est engagée à mettre en place 20% d'aire marine protégée sur son territoire maritime, dont 10% en réserve naturelle, mais on n'y est pas.

Photo : La semaine dans le Boulonnais

Question : Je m'inquiète pour la santé des poissons qui ne sont pas pêchés du fait de l'activité humaine, et des dangers de l'aquaculture...

Hélène Bourges : La mer est le réceptacle final de toutes les activités de productions humaines. On y retrouve des déchets flottants, il y a même une zone confluence de courants qui a été appelée le 7ème continent, et des déchets invisibles, chimiques, qui polluent la chaîne alimentaire dans l'océan. Greenpeace travaille aussi sur le changement climatique et sur les pollutions toxiques. On mène un travail complet et intégré. Concernant l'aquaculture, le problème est qu'il y a une telle concentration de poissons dans les piscines qu'ils sont blindés d'antibiotiques pour éviter la diffusion des maladies et des parasites. Pour produire 1 kg de poissons d'élevage, il faut entre 2 et 7 kg de poissons sauvage pour les nourrir, donc l'équation n'est pas bonne. On ne produit pas de protéines. L'aquaculture n'est pas la solution aujourd'hui. On prélève trop de poissons par rapport à ce que la mer peut fournir. La seule réponse aujourd'hui serait de créer des réserves marines dans des endroits stratégiques pour permettre à la vie de se refaire et laisser les poissons de ces zones coloniser petit à petit les zones voisines, et aussi de réduire la pression de pêche, qui permettrait aux stocks de se refaire pour que l'on puisse dans le future profiter durablement de cette ressource.


Question : Concernant l'arrivée de farines animales dans l'aquaculture ?

Hélène Bourges : Ce n'est pas une très bonne nouvelle. On connait les problèmes liés, pour d'autres espèces, à l'utilisation de farines animales. De plus, cela signifie accepter de conforter une pêche industrielle de poissons appelés petits pélagiques, en bas de la chaîne alimentaire, et s l'on prélève beaucoup de ces poissons, on va déséquilibrer complétement la chaîne alimentaire océanique.


Question : Est-ce que le label MSC (ndlr : Marine Stewardship Council, label qui garantit au consommateur que les produits de la mer ont été pêchés durablement, en respectant les stocks de poissons et les écosystèmes marins)
Hélène Bourges : Par le passé il y a eu des labellisation de pêcheries qui n'étaient pas durables, et c'est un système qui s'applique aux systèmes de pêcherie industrielle et pas du tout à la pêche artisanale.


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Photo : Le Télégramme

[S'ensuit un petit débat sur les lobbies financiers et sur l'expansion de la population mondiale et la nécessité limiter les naissances, ce qui a presque mis Mélanie Laurent, enceinte ! Mais on s'écarte un peu du sujet !]



Hélène Bourges : Face aux lobbyistes financiers qui défendent la pêche industrielle devant les représentants des gouvernements, le boulot de Greenpeace est de défendre d'intérêt général.  On essaie d'être présent dans les cercles de décision,  mais on a des moyens financiers ridicules à côté des leurs. 
Les parlementaires européens ont des centaines de dossiers à traiter. L'ignorance rationnelle fait qu'un être humain ne peut pas tout savoir. Ils s'informent donc par différents canaux. Après, le but du jeu est d'être celui qui va obtenir le plus de rendez-vous avec le député pour pouvoir le convaincre que ce qu'on dit, c'est la vérité. C'est là que la force de frappe des lobbies industriels est bien plus élevée  que celle de la société civile.

Mélanie Laurent : En revanche, en tant que citoyen, on devrait avoir le droit de ne pas être d'accord. Les pétitions devraient avoir un vrai pouvoir. Parce que ce n'est pas parce que l'on vote pour un certain gouvernement que l'on doit être d'accord avec tout ce qui se fait. Finalement, toutes les décisions écologiques, pratiquement proche du néant, nous concernent tous. On se sent un peu seuls à vouloir manger bien, équilibré, sain, ça coûte une fortune. Les gouvernements ne devraient pas être les seuls à décider de ça.

Hélène Bourges : C'est pour ça que soutenir les contre-pouvoirs, tels que Greenpeace et toutes les autres associations qui font un boulot extraordinaire dans plein de domaines, c'est essentiel à la bonne marche de la démocratie.


Voir aussi : Boulogne -sur-mer avec Greenpeace et Mélanie Laurent
              et  Mélanie Laurent, interview

Boulogne sur Mer avec Greenpeace et Mélanie Laurent

Hier, Mélanie Laurent était à Boulogne sur Mer avec les militants de Greenpeace pour lutter contre la surpêche. Petit débat dans la région parce que le Ministre délégué chargé des Transports et de l'Économie maritime et ancien maire de Boulogne n'était pas présent. 
Le bateau de Greenpeace, l'Artic Sunrise, a de plus été obligé d'amarrer dans le port commercial, interdit au public. Et ce pour des raisons de "sécurité publique" ... 
Les militants ont donc dû faire des navettes en zodiac pour venir à la rencontre du public.

Du fait de cette petite polémique, mon attention a été attirée par leur cause et, il faut bien le dire, par l'actrice ! J'ai donc décidé de prendre ma petite voiture et de pousser jusqu'à la côte pour assister le soir même à la diffusion du film "The end of the line - l'océan en voie d'épuisement", suivi d'un débat autour du thème de la surpêche, de la catastrophe écologique qui a actuellement lieu au fond de l'océan, et sur les méthodes à adopter pour lutter, à son niveau, contre cet anéantissement de la faune marine.

Compte-rendu du débat ici.

Interview de Mélanie Laurent là.

Les Morues, Titiou Lecoq


Pourtant, on n'assiste pas à une histoire d'amour. Plutôt à l'Histoire de l'Amour.

Les Morues, à la base, c'est trois nanas qui se sont bien trouvées. Différentes, mais pas tant que soit. Féministes, mais peut-être pas tout à fait jusqu'au bout des doigts.

Les Morues, elles ont une charte qui doivent leur empêcher toute soumission au genre masculin, sans tomber dans des grandes phrases toutes faites et vides de sens.

Et puis il y a Fred, qui devient la quatrième Morue. Fred, c'est un garçon. Il connait Ema, l'une d'entre elles, depuis l'adolescence. Le suicide de l'une de leurs amies de l'époque va les rapprocher. Ils se retrouvent pour élucider cette mort qui leur parait suspecte. Improbable. Incompréhensible.
Intrigues politiques, faux papiers et mensonges... tout est réuni pour nous tenir en haleine.
 
Mais le cœur du roman, c'est l'amour. L'amour, qui est finalement le noyau de toute histoire, depuis la nuit des temps.

Dans toutes ses dérives, ses déviances et variantes. Entre l'amour bienséant qui plairait à papa-maman et celui que l'on veut offrir, entre des choix de vie et ce que l'on peut donner, entre l'accomplissement personnel et les inévitables compromis...
 
L'amour qui se cache là où on ne l'attend pas... et que l'on ne retrouve pas là où on le désire. L'amour physique face au confort de la vie sentimentale.
 
C'est aujourd'hui, c'est notre vie, celle que l'on construit au jour le jour et celle de tous nos avatars sur les réseaux sociaux. Notre vie à nous, jeunes adultes en manque d'indépendance tout en gardant de force un pied ancré dans l'enfance.



Pas une seconde d'ennui, pas une page plus longue que les autres, aucune ligne qu'on voudrait sauter. Tout simplement à dévorer, en deux petites soirées, entre thé vert et cigarettes roulées.

Z'arts up' 2013, les arts de rue à Béthune




 

Le week-end dernier s'est déroulé à Béthune (62) le 14ème festival européen des arts de la rue, Z'arts Up'. 

 

Théâtre, danse, mime, marionnettes... De nombreux artistes se sont partagés les rues de la ville pour offrir aux spectateurs une multitude de possibilités.

 

J'ai donc pu assister à 3 spectacles au cours de ce week-end.




Cie Chiennes nationales - La vie devant soi

Une adaptation du roman de Romain Gary (écrit sous son pseudo Emile Ajar). 
Deux comédiennes s'approprient le merveilleux texte de La vie devant soi, en interprétant à tour de rôle le narrateur, Momo, et d'autres personnages. Momo a 14 ans mais croit en avoir 10. Il vit chez Madame Rosa, une vieille femme juive, dans le Belleville des années 50. Ses compagnons de route, d'autres enfants de prostituées vivant hébergés dans le même appartement, Monsieur Hamil, un vieil homme plein de sagesse, le Mahoute, adolescent diabétique et héroïnomane, ou encore Arthur, un parapluie avec un visage, se succèdent et ponctuent sa vie pour l'aider à grandir. 
De grands sujets de sociétés sont évoqués : la religion, la guerre, le droit à mourir, l'abandon, etc.
Le texte, à lire ou à relire sans attendre, est un délicieux moment de poésie, une tranche de vie crue, sans fioritures, emprunt de liberté et de vérité



Extraits :
"Madame Rosa dit que la vie peut être très belle 
mais qu'on ne l'a pas encore vraiment trouvée 
et qu'en attendant il faut bien vivre."

"J'ai toujours remarqué que les vieux disent "tu es jeune, tu as toute la vie devant toi", 
avec un bon sourire, comme si cela leur faisait plaisir.
Je me suis levé.
Bon je savais que j'ai toute ma vie devant moi 
mais je n'allais pas me rendre malade pour ça."

"  J'ai cessé d'ignorer à l'âge de trois ou quatre ans et parfois ça me manque"

 "Madame Rosa engueulait Banania 
mais celui-ci s'en foutait parce qu'il n'avait que trois ans et des sourires. 
Je pense que Madame Rosa aurait peut-être donné Banania à l'Assistance 
mais pas son sourire 
et comme on ne pouvait pas l'un sans l'autre, 
elle était obligée de les garder tous les deux." 


Une petite heure poétique, drôle, pleine d'émotions qui se bousculent. Les comédiennes nous emportent dans le monde de Momo, rendent le bonheur accessible et simple. Ça commence avec une tasse de thé, ça se poursuit dans des éclats de rire et s'achève sur une note teintée de nostalgie.

N'hésitez pas à aller les voir si elles passent vers chez vous (dates et lieux sur cette page).


La française de comptages - Une cerise noire

 

 

  








Une installation extraordinaire. Tout est recréé pour présenter les coulisses d'un tournage de cinéma. Les comédiens sont aussi acteurs, alternant expressivité et subtilité. L'histoire, un polar hollywoodien classique de années, n'a finalement pas grande importance. Ce qui occupe l’œil du public, c'est tout ce qui permet de créer le film. Techniciens, comédiens, figurants, ils utilisent l'espace à leur disposition (ici la Grand' Place de Béthune) pour recréer l'ambiance du plateau de cinéma, des décors, des tournages en studio ou en extérieur. On reste ébahi par la précision de chaque geste, l'énergie détonante de chaque personne présente sur "scène", et on en oublie le film, simultanément diffusé sur grand écran. Un vrai spectacle, un show ahurissant ! (leur site)



La débordante compagnie - Dispersion

Une chorégraphie étonnante. Les danseurs s'approprient le territoire, déplacent le public à leur guise pour effectuer leur spectacle. On est tour à tour parqués dans un espace délimité autour duquel les artistes évoluent, mobiles et livrés à nous-mêmes pour observer leur danse, puis dispersés utilisés comme "décor" humain. La limite danseurs/spectateurs se fait parfois très mince lorsque les premiers projettent leur corps entre les seconds, sans peur du contact. 

"Georges Moustaki, c'est ma tendresse", Barbara.







On l'a appris aujourd'hui : Georges Moustaki est décédé aujourd'hui, jeudi 23 mai 2013.

Je ne veux pas revenir ici sur sa vie, ou son travail que l'on connaît bien, mais sur l'une de ses relations. Il a, au cours de sa carrière et ce dès le début, noué de nombreuses amitiés, écrit et composé pour un certain nombre d'interprètes (Piaf, Montand, Dalida, etc.).
Mais celle qui m'importe le plus est sa collaboration avec Barbara.
Plus qu'un lien professionnel, les deux artistes ont tissé une véritable amitié.




En 1962, on les retrouve ensemble pour la première fois dans l'émission Discorama, où ils chantent ensemble Fleurs de méninges.

En 1967, Moustaki écrit pour la chanteuse La dame brune, enregistrée dans le 8ème album de celle-ci :  Ma plus belle histoire d'amour.


Lors du décès de Barbara en 1997, Moustaki évoque l'écriture de cette chanson. Barbara l'invitait alors chez elle, pour qu'il compose pour elle, mais lui préférait regarder la télévision. Après une menace de Barbara de couper cette télé, il a composé la chanson en la regardant. En lui répondant, Barbara s'est alors rendu compte que ce n'était pas une plaisanterie mais un vrai morceau qu'ils pouvaient enregistrer et chanter sur scène. Ils l’interprèteront en duo un peu plus tard sur la scène de l’Olympia. Elle l'entraîne en tournée en 1968. Alors qu'elle doit entrer sur scène à Mulhouse, Barbara est prise d'un malaise. Moustaki la remplace donc et fait, un peu malgré lui, ses premiers pas seuls sur scène.
Un second duo les réunit en 1972 : La ligne droite apparait dans le 13ème album de Barbara (Amours incestueuses).

Georges Moustaki parle de la chanteuse comme d' "un personnage d'exception, dans la profession et dans le paysage en général", qui a imposé sa sensibilité sans aucune concession. Son seul véritable amant était le public, à qui elle donnait tout ce qu'elle pouvait donner.

Le chanteur évoque aussi ses préoccupations et son engagements de de nombreuses causes, comme le racisme, la réconciliation franco-allemande ou encore le SIDA - "parce que l'amour tenait une grande place dans sa vie, et voir que l'amour pouvait tuer ça l'a bouleversée". Elle distribuait donc des préservatifs à la sortie de ses concerts.

Barbara a également repris, seule, des chansons écrites par Georges Moustaki. Celles-ci ont été réunies en 2012 dans un album intitulé Barbara chante Brel, Brassens, Moustaki. Extraites d'un 33 tours de 1966, on y trouve De Shanghai à Bangkok, Vous entendrez parler de lui, et bien sûr Liberté.


Elle dira un jour de lui : 

"Georges Moustaki est un Monsieur que je connais depuis très, très longtemps, 
une espèce d'homme du soleil, 
et ce qu'il y a de prodigieux chez lui, c'est qu'en vieillissant, 
il a toujours une belle âme, et là elle apparait. 
Il est superbe, transparent, il est ... 
Georges Moustaki, c'est ma tendresse
(Mai 1969).

L'écume des jours par la Compagnie Charles est Stone, au théâtre Clavel (Paris 19), interview des comédiens


L'écume des Jours Théâtre Clavel Affiche

Dans L'Ecume des jours, Boris Vian mêle réalisme et absurde avec génie. Dans un monde où les codes sont parfois bouleversés, où l'on est plus respectable lorsqu'on est domestique qu'en étant agrégé de mathématiques, où une souris peut se battre pour illuminer une maison et où un nénuphar peut pousser dans un poumon, les personnages sont des Hommes comme les autres. La passion de Chick pour le penseur Jean-Sol Partre, l'amour de Colin pour Chloé, la jalousie d'Alize ou le comportement volage de Nicolas, tous ne ressentent que des émotions communes à chacun d'entre nous.


L'adaptation théâtrale par Vincent Leprette, mise en scène par Jules Poucet, retranscrit fidèlement l'univers du roman de Vian. Les comédiens s'approprient le texte tout en adaptant son contenu à notre époque. Une énergie communicative, des moments de franche rigolade et une émotion partagée. Chacun tient son rôle à la perfection. Les décors sont travaillés sur mesure et l'atmosphère musicale s'avère plus qu'entraînante.




Après la pièce, deux des comédiens, Nawel Dombrowsky et Jean-Damien Détouillon, se sont prêté au jeu d'une interview pas comme les autres :

1+1 ?
Jean-Damien et Nawel (en choeur) : 2 !

C'est bon, c'était pour vérifier que vous n'étiez pas des robots.
Présentez-vous !
Nawel : Bonjour, je m'appelle Nawel, j'ai 26 ans, et je joue Alize dans l'Ecume des jours.
JD : Bonjour, Jean-Damien Detouillon, 26 ans, je ressemble à Marc Lavoine jeune, et je joue dans l'Ecume des jours.

Depuis combien de temps êtes-vous comédiens tous les deux?
 JD : Depuis tout petit.
Nawel : Depuis que j'ai 7 ans.
JD : Depuis que j'ai 6 ans et demi, histoire de devancer un peu Nawel !

Et depuis vos 6 ans et demi et 7 ans, quelle formation avez-vous suivi ?
Nawel (prenant un accent se voulant roumain polonais...!) : On a suivi une formation de boucherie, une formation de cordonnier, formation de poissonnier, formation de éboueur,... A toi !
JD : Moi j'ai fais une grande formation à l'école de théâtre de Gray [ndlr : Gray, magnifique petite ville de Haute-Saône!], avec la grande Véronique, de Gray [ndlr : Véronique Vigneron, comédienne de le troupe Théâtre en vie]. On faisait du théâtre d'improvisation avec la grande comédienne Annabayle Rich'tonn from L.-A. (accent "anglais"!). Ensuite conservatoire international de région de Besançon, et le cours Florent, à Paris, 19ème (accent anglais, le retour!).

Plutôt poisson ou plutôt viande ?
JD : Viande.
Nawel (toujours avec l'accent polonais) : Plutôt poisson.
JD : Elle est pas roumaine en vrai, hein !

Votre compagnie, Charles est stone, comment s'est-elle formée ?
Nawel (à JD) : Parle parce que là j'ai l'accent !
JD : En fait, on est tous des anciens du cours Florent, et comme ça on s'est formés, on s'est dit "Tiens, ça te dit de te former avec... toi ?", et ouais, on s'est formés ! 

Donc vous êtes six ?
JD : Six, et même sept avec le metteur en scène, huit avec la scénographe, neuf avec le ...
Nawel (l'accent a disparu!): Créateur lumière !
JD : Et dix avec le chargé de diff' !
Ok, on ne comptera pas avec le public alors !
JD : Oula, sinon ça fait... des milliards !

Sinon, pensez-vous qu'une table resterait une table si on l'appelait une chaise ?
JD : Comment ?!!
Nawel (l'accent is back): Ça dépend où tu l'as construite, si tu construis les pieds sur la table, ça reste une chaise ! Formation menuiserie... !
JD : Pareil, j'veux pas d'embrouilles moi !

Comment s'est fait le choix de la pièce ?
JD : Oh ben au hasard, on a pris un bouquin dans la bibliothèque, c'était l'Ecume des jours, on a trouvé ça sympa.. Nan ça faut demander à Vincent [ndlr : Vincent Leprette, auteur de l'adaptation] !
Je vais donc parler à Vincent. (semblant vouloir imiter Vincent...d'une voix très aigüe : ) "Eh bien, en fait , j'vais vous expliquer, j'ai fait un rêve, j'ai rêvé de l'Ecume des Jours que j'ai lu quand j'étais au collège/lycée, et dans mon rêve je jouais dedans et j'trouvais ça vachement sympa. Du coup j'ai voulu l'adapter, je l'ai adapté, et j'ai demandé à mes potes de jouer" ! (reprenant sa voix "normale") Et voilà comment Vincent nous a fait jouer dans l'Ecume des jours.

Et les motifs, sur le papier toilette, c'est important pour vous ?
Nawel (toujours en mode polonaise) : Les motifs c'est important, surtout quand c'est des fleurs.
JD : Oui, comme ça on peut faire des dessins avec les cacas, c'est mieux !

Ok, parfait ! Et vos projets en cours, et à venir ? 
Nawel : Ben formation éboueur. Ah nan je l'ai déjà faite celle-là. Formation poseur d'évier, formation poseur d'ampoules, formation poseur de... Voilà.
JD : J'ai un grand projet avec une société qui s'appelle Pôle Emploi, où le but sera de toucher des indemnités journalières.
Nawel : Et il y arrive très bien ! 

C'est beau, il faut être ambitieux. Pensez-vous que le changement climatique peut avoir une influence sur les pizzas Quatre-Saisons ?
JD : Oui, parce que le changement, c'est maintenant, c'est pour ça qu'il n'y a plus trop de climat en ce moment, y a plus de saisons quoi. Y a plus de quatre saisons, y a plus de pizzas. 
Nawel : Oui, y a plou rien !
Et une formation pizzaïolo, non ?
Nawel : Euh nan, pas encore ! 

Comment on s'en sort quand on est jeune comédien en 2013 ?
Nawel : On s'en sort !
JD : On s'en sort mieux qu'avec des études de philo !
Ca c'est sûr.. Hmm bref !!
Si vous étiez sûr à 100 % de réussir, qu'est-ce que vous entreprendriez ? 
Nawel : Formation boucher ! 
JD : Moi pizzaïolo.

Quelque chose à ajouter ?
Nawel : J'adore les pizzas ! 
JD : Des champignons, sur la quatre-saisons, ça serait sympa ! 


Retrouvez-les sur scène chaque lundi soir (jusqu'au 24 juin) au Théâtre Clavel (Paris 19).