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Lettre d'une inconnue, Stefan Zweig

Un classique, que j'ai relu tout récemment avec le même plaisir.


Un homme reçoit une lettre. Jusque là, tout va bien. Mais il ne s'agit pas de n'importe quelle lettre : c'est la lettre de sa vie. Oui, mais un pan de sa vie qu'il ne connaît pas.
Il est romancier, et va lire les feuillets comme un manuscrit, intitulé simplement "A toi qui ne m'a jamais connue".

"Mon enfant est mort hier". C'est ainsi que commence la femme - car il s'agit d'une femme- qui lui a écrit.

Dans ces pages, elle va tout lui dire.
De leur rencontre au jour où il l'a emmenée chez lui.
De l'instant où elle a croisé son regard au moment où elle a posté cette lettre.
Comment elle est tombée amoureuse de lui, encore adolescente, alors qu'ils vivaient sur le même palier.
Comment elle avait, depuis, épié ses allées et venues.
Comment, des années plus tard, elle se laissa volontairement séduire.
Comment, après trois nuits d'amour, il n'a plus donné signe de vie à celle qui le chérissait tant.
Et comment, de cette union, naquit un fils. Le (seul) reste d'un amour unilatéral. Un enfant qui mourra donc, 11 ans après le début d'une vie heureuse, élevé dans le luxe par une mère usant de son joli visage pour séduire amis et amants fortunés, des hommes au portefeuille bien rempli. 


 


Le destin tragique de cette femme amoureuse ne laisse pas indifférent. Jamais elle n'a oublié son premier amour. Un amour indéfectible, "à la vie à la mort", et sans aucun retour.

Bref, à lire - ou à relire- sans hésitation.


Les oranges ne sont pas les seuls fruits - Jeanette Winterson



Jeanette, elle vit en Angleterre. Avec sa mère et son père. 

Jeanette, elle est pauvre et elle croit en Dieu.

Sa mère, convertie sur le tard par un pasteur très charismatique, est très impliquée dans la vie religieuse de sa communauté protestante dans les années 60-70. Tellement impliquée que toute la vie de cette famille est rythmée par ses prières, les offices et les réunions paroissiales. Que Jeanette ne va pas à l'école avant que sa mère ne soit obligée de l'y envoyer. Qu'elle a appris à lire avec des passages de la Bible. Qu'elle est destinée à devenir missionnaire.

Mais Jeanette n'est pas ni vraiment heureuse, ni vraiment malheureuse. Elle avance, vit sa vie de petite fille puis de pré-adolescente. Ses amis sont rares, mais elle peut compte sur Elsie, une vieille femme qui croit au destin et au pouvoir des dés.

Et puis il y a Mélanie. Mélanie est tellement jolie... Dès leur rencontre, les deux jeunes filles ne se quittent plus. C'est décidé, Jeanette ne se mariera pas et elle passera toute sa vie avec Mélanie. 

Oui, mais dans l'Angleterre protestante des années 60, ça ne se passe pas comme ça. Exorcismes, rédemption forcée, rébellion, Jeanette passe par tout un tas d'épreuves pour se trouver, se comprendre, s'affirmer.



Dans ce roman fictionnel-autobiographique, Jeanette Winterson dépeint la vie d'une petite fille débordant d'imagination, intelligente, enfermée dans une morale bien pensante, voire violente. 
On grandit avec elle, on veut la connaître, lui donner les clés pour s'en sortir... 
Mais finalement, elle y parvient très bien toute seule !


Les Morues, Titiou Lecoq


Pourtant, on n'assiste pas à une histoire d'amour. Plutôt à l'Histoire de l'Amour.

Les Morues, à la base, c'est trois nanas qui se sont bien trouvées. Différentes, mais pas tant que soit. Féministes, mais peut-être pas tout à fait jusqu'au bout des doigts.

Les Morues, elles ont une charte qui doivent leur empêcher toute soumission au genre masculin, sans tomber dans des grandes phrases toutes faites et vides de sens.

Et puis il y a Fred, qui devient la quatrième Morue. Fred, c'est un garçon. Il connait Ema, l'une d'entre elles, depuis l'adolescence. Le suicide de l'une de leurs amies de l'époque va les rapprocher. Ils se retrouvent pour élucider cette mort qui leur parait suspecte. Improbable. Incompréhensible.
Intrigues politiques, faux papiers et mensonges... tout est réuni pour nous tenir en haleine.
 
Mais le cœur du roman, c'est l'amour. L'amour, qui est finalement le noyau de toute histoire, depuis la nuit des temps.

Dans toutes ses dérives, ses déviances et variantes. Entre l'amour bienséant qui plairait à papa-maman et celui que l'on veut offrir, entre des choix de vie et ce que l'on peut donner, entre l'accomplissement personnel et les inévitables compromis...
 
L'amour qui se cache là où on ne l'attend pas... et que l'on ne retrouve pas là où on le désire. L'amour physique face au confort de la vie sentimentale.
 
C'est aujourd'hui, c'est notre vie, celle que l'on construit au jour le jour et celle de tous nos avatars sur les réseaux sociaux. Notre vie à nous, jeunes adultes en manque d'indépendance tout en gardant de force un pied ancré dans l'enfance.



Pas une seconde d'ennui, pas une page plus longue que les autres, aucune ligne qu'on voudrait sauter. Tout simplement à dévorer, en deux petites soirées, entre thé vert et cigarettes roulées.

Dieu est un pote à moi, Cyril Massarotto



Le narrateur de ce roman n'a pas de prénom.
Enfin, si, il doit en avoir un, tout le monde a un prénom. Sauf que le sien, on ne le connaît pas.

Dans sa vie, voire au même moment de sa vie, il va faire deux rencontres qui vont tout changer.
Il y a Alice, étudiante, avec qui l'amour et le bonheur vont devenir une évidence.
Et puis il y a Dieu. Oui, Dieu. Dieu qui va se manifester à lui et, en quelque sorte, le soutenir. L'aider à conquérir Alice, par exemple. Mais également à voir la vie autrement. La vie... et le reste.

Dieu lui donne des leçons pour avancer. Pas du catéchisme, loin de là, juste les conseils d'un bon vieil ami qui sait tout de vous. Et pour cause, c'est Dieu !


Mais que fera Dieu dans le pire des cas ? Comment l'aidera-t-il quand le pire arrivera ?
Leurs rendez-vous hebdomadaires suffiront-ils à rendre sa vie plus simple ? Et surtout, saura-t-il pourquoi Dieu l'a choisi, lui, vendeur de nuit dans un sex-shop ?

Dieu est un pote à moi est un roman audacieux. Aussi drôle que bouleversant.
Sincèrement, j'ai ri sans retenue... et j'ai pleuré.
Le style de Cyril Massarotto est fluide, distrayant, accrocheur. Dieu n'est pas un prêtre moralisateur, c'est juste Dieu, celui qui sait et qui voit.
Un fil de pensées qui pourrait être le nôtre - si tant est qu'on rencontre Dieu un jour !