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Les oranges ne sont pas les seuls fruits - Jeanette Winterson



Jeanette, elle vit en Angleterre. Avec sa mère et son père. 

Jeanette, elle est pauvre et elle croit en Dieu.

Sa mère, convertie sur le tard par un pasteur très charismatique, est très impliquée dans la vie religieuse de sa communauté protestante dans les années 60-70. Tellement impliquée que toute la vie de cette famille est rythmée par ses prières, les offices et les réunions paroissiales. Que Jeanette ne va pas à l'école avant que sa mère ne soit obligée de l'y envoyer. Qu'elle a appris à lire avec des passages de la Bible. Qu'elle est destinée à devenir missionnaire.

Mais Jeanette n'est pas ni vraiment heureuse, ni vraiment malheureuse. Elle avance, vit sa vie de petite fille puis de pré-adolescente. Ses amis sont rares, mais elle peut compte sur Elsie, une vieille femme qui croit au destin et au pouvoir des dés.

Et puis il y a Mélanie. Mélanie est tellement jolie... Dès leur rencontre, les deux jeunes filles ne se quittent plus. C'est décidé, Jeanette ne se mariera pas et elle passera toute sa vie avec Mélanie. 

Oui, mais dans l'Angleterre protestante des années 60, ça ne se passe pas comme ça. Exorcismes, rédemption forcée, rébellion, Jeanette passe par tout un tas d'épreuves pour se trouver, se comprendre, s'affirmer.



Dans ce roman fictionnel-autobiographique, Jeanette Winterson dépeint la vie d'une petite fille débordant d'imagination, intelligente, enfermée dans une morale bien pensante, voire violente. 
On grandit avec elle, on veut la connaître, lui donner les clés pour s'en sortir... 
Mais finalement, elle y parvient très bien toute seule !


100 pages blanches, Cyril Massarotto




 

Il y a quelques semaines, j'ai eu le plaisir de découvrir Dieu est un pote à moi (voir ici), premier roman de Cyril Massarotto. 

Après cette lecture, je me suis empressée de me procurer les autres livres de l'auteur. Comme aujourd'hui, c'est son anniversaire, il va de soi que l'article de la semaine se doit de lui être consacré !

 





100 pages blanches est un roman que l'on pourrait qualifier de science-fiction, mais en fait, non.

Le narrateur se voit léguer, à la mort de son grand-père qui l'a élevé, un seul bien : un carnet. Un carnet rempli de ... pages blanches. Ses sœurs, elles, héritent de la moitié de la fortune financière et immobilière du vieil homme. 

Autant dire qu'il est non seulement surpris, mais aussi quelque peu déçu. On le serait à moins.
A quoi va bien pouvoir lui servir ce carnet que le grand-père, dans une lettre post-mortem à notre narrateur, décrit comme magique ?

Effectivement, après quelques jours de doutes et d'incompréhension, il va se rendre compte du pouvoir de ce petit calepin. Il a entre les mains un objet qui lui permet de revivre les souvenirs de son choix. 100 souvenirs. Pas un de plus.

Comment va-t-il s'en servir ? Quels souvenirs choisir, quand les utiliser ? C'est le dilemme qui va se poser tout au fil des pages du roman (pas blanches, celles-ci!).

Mais, et avant tout, il va devoir faire face à une vraie leçon de vie. Comment avancer et construire son avenir si l'on se retourne constamment vers le passé ? Vaut-il mieux abandonner l'idée de revivre les meilleurs moments de sa vie, ou les utiliser pour comprendre son propre cheminement ?

Impossible de ne pas se poser la question : qu'est-ce que je ferais avec ce pouvoir ? C'est sûr, c'est tentant de revivre un instant que l'on sait heureux. Un coup de blues ? Hop, petit bond dans le passé pour faire ressurgir des émotions douces et agréables. Reculer pour mieux sauter. Ou pour ne pas sauter du tout. Vivre dans le passé pour ne pas affronter l'avenir. Ou alors, utiliser cette "magie" pour mieux avancer.

En tout cas, Cyril Massarotto nous offre là encore une petite merveille. Pas de fioritures, de l'émotion pure.


Les Morues, Titiou Lecoq


Pourtant, on n'assiste pas à une histoire d'amour. Plutôt à l'Histoire de l'Amour.

Les Morues, à la base, c'est trois nanas qui se sont bien trouvées. Différentes, mais pas tant que soit. Féministes, mais peut-être pas tout à fait jusqu'au bout des doigts.

Les Morues, elles ont une charte qui doivent leur empêcher toute soumission au genre masculin, sans tomber dans des grandes phrases toutes faites et vides de sens.

Et puis il y a Fred, qui devient la quatrième Morue. Fred, c'est un garçon. Il connait Ema, l'une d'entre elles, depuis l'adolescence. Le suicide de l'une de leurs amies de l'époque va les rapprocher. Ils se retrouvent pour élucider cette mort qui leur parait suspecte. Improbable. Incompréhensible.
Intrigues politiques, faux papiers et mensonges... tout est réuni pour nous tenir en haleine.
 
Mais le cœur du roman, c'est l'amour. L'amour, qui est finalement le noyau de toute histoire, depuis la nuit des temps.

Dans toutes ses dérives, ses déviances et variantes. Entre l'amour bienséant qui plairait à papa-maman et celui que l'on veut offrir, entre des choix de vie et ce que l'on peut donner, entre l'accomplissement personnel et les inévitables compromis...
 
L'amour qui se cache là où on ne l'attend pas... et que l'on ne retrouve pas là où on le désire. L'amour physique face au confort de la vie sentimentale.
 
C'est aujourd'hui, c'est notre vie, celle que l'on construit au jour le jour et celle de tous nos avatars sur les réseaux sociaux. Notre vie à nous, jeunes adultes en manque d'indépendance tout en gardant de force un pied ancré dans l'enfance.



Pas une seconde d'ennui, pas une page plus longue que les autres, aucune ligne qu'on voudrait sauter. Tout simplement à dévorer, en deux petites soirées, entre thé vert et cigarettes roulées.

La ballade de Lila K., Blandine le Callet

Un autre roman que j'ai terminé il y a peu de temps. 

Incroyable de réalisme malgré le fait qu'il soit futuriste. 

Une idée que l'on peut se faire de l'avenir...


L'histoire se passe au siècle prochain.
Lila n'est qu'une petite fille lorsqu'elle est arrachée violemment à sa mère.
Elle ne supporte rien : ni la lumière, ni la nourriture, ni le contact humain.
Elle ne parle pas, ne regarde personne et dort sous son lit.
Enlevée par des "hommes en noir", Lila se retrouve dans une chambre, entourée de médecins et autres thérapeutes bien intentionnés.

Mais Lila est blessée. Au propre, comme au figuré.
Plaies. Fractures mal soignées. Brûlures. Gale.
Effrayée. Traumatisée.

C'est dans cette institution, où elle est retenue "pour son bien", qu'elle va devoir se (re)construire. Avec l'aide de son premier éducateur, elle va apprendre à lire dans une époque où les livres ont été bannis. Frôlant à tout instant l'illégalité, elle va intelligemment traverser son adolescence d'enfant surdouée pour avoir le droit d'être libre, à sa majorité.

Se fondre dans la masse, c'est ce qu'elle a appris de plus utile. N'être qu'une ombre. Ne pas faire de vagues.
Mais dans sa tête, une idée fixe, qui ne la quittera jamais : retrouver sa mère et comprendre ce qui leur est arrivé.

Douée d'une ironie à toute épreuve, elle utilisera pour cela tous les individus qui croiseront son chemin sans pour autant entrer réellement dans sa vie.

Sa quête ne peut s'achever que d'une seule façon : en découvrant la vérité.