"La mémoire vive d'Internet est celle d'un poisson rouge, mais son disque dur est une barrière de corail"
Raphaël Enthoven écrit cette phrase dans le chapitre "Beaucoup de bruit pour rien" de son dernier livre, Matière Première (Gallimard). Ce passage parle du double tranchant du"buzz".
Le buzz n'est finalement qu'un faux évènement, qui n'en devient un seulement parce que la masse des internautes clique sur un même lien, en parle, transmet, twitte et "like". C'est éphémère. Le lendemain, la semaine suivante, le mois d'après, tout le monde est passé à autre chose.
Pourtant, TOUT reste.
Quand on se "googlise", on s'attend bien sûr à tomber sur des pages auxquelles ont est inscrit.
Oui, mais voilà.
On tombe également sur des sites dont on n'a jamais entendu parlé.
profileengine.com par exemple. Ce site recoupe toutes les infos possibles que l'ont peut trouver sur soi sur le net, en particulier sur facebook. Adresses mail, photos, groupes ou pages "likés", etc.
Pire encore. Il rassemble des infos qui n'existent plus depuis longtemps. Un statut, une page que l'on aurait pu rédiger durant son adolescence, supprimés depuis belle lurette? Et bien non. Tout est là.
10 ans après, n'importe quelle personne qui veut se renseigner un tant soit peut sur vous a accès à ces infos soit disant disparues de la circulation "webienne".
Et tout ça pratiquement IMPOSSIBLE à enlever. En effet, comment clore un compte pour lequel il n'y a pas eu d'inscription préalable ? Pas d'identification possible, puisque plusieurs sites, pages, plusieurs vies sont regroupées ici.
La seule solution, apparemment, serait d'envoyer un courrier avec copie de sa carte d'identité. Mais alors comment être sûr que ce nouvel élément ne sera pas matière à enrichir un exposé complet sur votre vie d'hier et d'aujourd'hui ?
De la même façon, pipl.com réunit tous les sites sur lesquels vous apparaissez. Un peu comme un annuaire infini et intemporel, jamais mis à jour (puisqu'une bonne partie des liens ne mènent plus à rien).
Voilà le piège. La TOILE tissée autour de nos vie, de nos choix d'un jour. Comme un journal intime brûlé qu'un mauvais génie de la cheminée prendrait un malin plaisir à recoller, regrouper, réarranger à sa sauce et rebalancer ça en pâture pour les curieux... ou le potentiels employeurs.

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